Clovis Gauzy

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Les Secrets des Crédits Photos

Cet article s'adresse à tous, autant à l'auteur photographe qu'aux divers diffuseurs, en passant par l'iconographe de presse, stagiaire ou non, au rédac-chef, au graphiste, au chargé de communication, aux managers de groupes, j'en passe et des meilleurs…

Dans les journaux, les magazines, les programmes d'événements culturels, ou tout autre support écrit, en ligne ou non, il est de plus en plus difficile d'identifier clairement l'auteur d'une photographie, hormis quelques grands noms célèbres et d'illustres inconnus qui publient beaucoup (DR, Archives, Reproduction, AFP, Reuters, Getty pour n'en citer que les plus courants)…
Pourtant, et quitte à me répéter, cette mention est obligatoire… et les photographes sont de plus en plus pointilleux sur ce point !

Le principe des Crédits Photos

Le crédit photo est une mention légale obligatoire pour chaque publication, du simple fait que l'auteur de toute œuvre de l'esprit à droit au respect de son nom, de sa qualité et de ses œuvres, que ce droit est inaliénable, et que chaque photo est réputée être l'œuvre de la ou les personnes sous qui elle a été divulguée.

La mention du nom est une des obligations à avoir envers un auteur lorsque vous publiez, reproduisez ou commercialisez son travail.
Et même si vous êtes vous-même l'auteur d'une photographie, le crédit photo est désormais obligatoire quand vous la publiez sur des sites communautaires (réseaux sociaux, forums, etc…), afin d'être bien identifié en tant qu'auteur de la photo, et non pas seulement comme la personne qui la met en ligne. Et puis ça permet de montrer l'exemple…

Identifier l'Auteur

Bien entendu, avant de publier une photo, la première chose à faire, est d'en trouver l'auteur…
Facile ? Pas vraiment, car si j'écris cet article didactique aujourd'hui, c'est qu'il y a vraiment des lacunes énormes quant au respect de ce droit, et qu'il vous arrivera certainement de recevoir des documents ne présentant pas les auteurs des photographies… Et pourtant, c'est votre devoir et votre responsabilité d'éditeur que de vérifier au respect de ce droit… mais aussi d'avoir bien l'autorisation écrite de l'auteur pour publier sa photo (car l'identification du nom de l'auteur ne veut pas forcément dire que vous avez l'autorisation de diffusion).

Donc, quand on ne connait pas le nom de l'auteur d'une photographie, parce qu'il n'est pas précisé dans le document transmis, vous avez l'obligation de mettre tous les moyens en œuvre pour le retrouver… ou vous rabattre sur une autre photo.

Champs EXIF et IPTC

Le premier indice pour retrouver l'auteur se trouve peut-être directement dans le fichier de photographie numérique lui-même. Ces données sont désormais facilement accessibles grâce aux moyens informatiques modernes, dans les informations du document. Il suffit de chercher le champ "Copyright", "Auteur" ou toute autre information permettant de le déceler…

Demander l'acte de cession

Contactez la personne qui vous a transmis le document contenant la photographie et demandez-lui de vous communiquer le "Contrat de Cession de Droit d'Exploitation et de Reproduction" concerné par le type de diffusion (prière d'insérer à l'attention de la presse, dossier de vente de spectacle, document publicitaire, etc…).
Le diffuseur du document doit pouvoir produire cet acte, car les actes de cession sont obligatoirement contractés par écrit. Personnellement, je m'attache à fournir un document annexe à l'attention de l'éditeur final qui confirme l'autorisation et rappelle les règles de base.
L'avantage, c'est que le nom de l'auteur sera sur le document, et par ce geste, vous en profitez aussi pour vérifier les autorisations de diffusion. D'une pierre, deux coups en quelque sorte.

Les outils pour faciliter la recherche

Ça arrive, parfois (pas trop souvent, je l'espère), mais le diffuseur, la boite de pub ou de communication, ne peuvent vous confirmer le nom de l'auteur, et par là même l'autorisation de diffusion, il vous faudra donc faire vos recherches vous-même si vous tenez absolument à diffuser cette photo. Il y a pour ça plusieurs pistes à étudier :

  • TinEye est une première étape rapide qui a le mérite d'exister en proposant des plugins pour tous les navigateurs récents, mais qui n'est pas aussi bien renseigné que le monstre Google qui propose un service similaire dans son moteur de recherche d'images.
  • Consultez Flickr qui, malgré les reproches à faire sur son API et son copinage avec l'agence Getty, reste un énorme moteur de recherche d'images par tags ou par EXIF/IPTC…
  • Parlez-en à d'autres photographes, la communauté est suffisamment soudée pour que l'un d'entre nous vous permette de retrouver l'auteur d'une photographie… ;)

TinEye et Google se sont spécialisés ces dernières années, chacun de son côté : le premier, du simple fait que les photographes utilisant le service en profitent pour demander le référencement de leurs propres photos, est plus efficace quand on souhaite retrouver l'auteur d'une photographie ; le second, qui a lancé un service de recherche qui ne se contente plus seulement d'un jeu de pêche aux mots-clés, permet de renseigner directement une image à rechercher et sera plus utile pour surveiller l'utilisation clandestine des photographies.

Œuvres de compositeurs multiples

La petite particularité des arts graphiques, c'est qu'ils peuvent être d'auteurs multiples. C'est le cas d'une photo qui a subi les assauts d'une retoucheuse professionnelle, qui laissera ansi sa patte dans l'univers visuel de l'image finale.
On pourra donc trouver des mentions composées des noms du photographe et du retoucheur.
On peut aussi aller plus loin en incluant coiffeur, maquilleur… et l'on peut voir apparaître des noms de collectifs.

Autopsie d'un Crédit Photo

Voici le crédit photo le plus complet que vous pourrez rencontrer :
Photo © Clovis Gauzy / Agence Dalle

Un crédit se constitue en deux parties : la mention du photographe et la mention du gestionnaire des droits s'il y en a un. Sa forme compressée pourrait être Photo Clovis Gauzy / Dalle (ou © Clovis Gauzy / Dalle).

La mention du gestionnaire des droits est facultative. Le gestionnaire de droits est celui qui vous a cédé la photo au nom du photographe, pas le client comme j'ai pu le rencontrer de temps en temps.

On identifie le photographe en premier par convention comme par respect pour son travail. Chaque mention peut distinctement prendre une forme raccourcie avec l'accord des intéressés.

Personnellement, m'imposer "C. Gauzy" comme crédit ne me satisfait pas car il peut semer le doute avec mon frère Cormack, photographe lui aussi, en amateur. Alors par souci de clarté…

Les initiales ? Mesquin d'en user sur les crédits pour caser plus de textes en légende… ou pas. Et tu l'identifies comment le photographe ? En jouant au Boggle ? On m'a quand même fait remarquer, et à raison, que la majorité des cas où les initiales étaient utilisés avait lieu dans un quotidien où le nom du photographe revient régulièrement. Il faut savoir rester souple…

La présence du symbole © de copyright rappel à l'international l'application d'un droit d'auteur analogue au Copyright. Il n'est pas obligatoire en France, puisque nous parlons de droits d'auteur, mais fortement conseillé pour des publications à l'international, et surtout sur Internet, pour signifier une protection analogue au copyright.
Par contre, si l'auteur de la photographie que vous voulez publier n'est pas un ressortissant de l'Union Européenne, ce symbole devient obligatoire.

Sur internet, l'auteur peut demander à ce que les crédits photos incluent un lien vers son site ou son portfolio. Ce n'est pas une obligation légale, mais le photographe peut l'imposer contractuellement.

L'Ultime recours de la presse : la mention DR

Il fut un temps, un temps de guerre et d'après guerre, où on retrouvait des corps et des films, mais on avait déjà du mal à mettre des noms sur des corps, alors mettre un nom sur des films…
Pourtant, ces images étaient importantes pour la compréhension du déroulement de la guerre, de la vie dans les tranchées. Malheureusement, les médias ne pouvaient reproduire ces images dans leurs colonnes pour informer les lecteurs, simplement par ce qu'ils n'avaient pas reçu l'accord de l'auteur (en regard de son droit de divulgation).

Alors, il fut créé la mention Droits Réservés, le fameux DR, libérant ainsi la circulation de l'information si l'auteur ne pouvait être identifié.
Depuis lors, cette mention est devenue une tolérance applicable qu'après s'être assuré que tous les moyens ont été mis en œuvre pour retrouver l'auteur et que le montant des droits d'exploitation lui serait reversé s'il venait à se manifester et prouver sa paternité. Deal honnête si tout le monde respecte le jeu…

De nos jours, il semble pourtant logique qu'avec les moyens de communication existants, il soit plus facile de retrouver un auteur. Mais les mentions DR fleurissent un peu partout dans la presse, profitant de la lassitude des procédures à sauvegarder ce droit, pour ne pas rémunérer les auteurs ou tout simplement par fainéantise de les retrouver. Finalement, l'un dans l'autre…

Et le problème c'est quoi ? C'est qu'en voulant faire des économies de temps ou d'argent pour l'un, ce qui était anodin est devenu systématique ; Et ce qui, pour le photographe, était un léger manque à gagner, est devenu une vraie forme de précarité.
Alors les communautés et associations de défense des photographes grognent…
Normal : ôte la gamelle d'un chien affamé en train de bouffer pour voir si tu tiens à ton bras !

Les mentions exotiques (voir carrément ésotériques)

Je ne sais pas si c'est pareil chez vous, mais je vois dans la presse quotidienne par chez moi, apparaitre de nouvelles formes de crédits photo. En commençant par la seule mention d'une des agences filaires émettrice de la dépêche, où le photographe n'a vraisemblablement pas de nom. Suivi de la mention "Archive [machin]", comme si un stock de photo pouvait générer une nouvelle image originale… Voir carrément "Reproduction" (!)… j'ai vite tourné de l'œil devant tant d'acrobaties pour ne pas mettre le nom.

Sans crédits, mais légal

Soyons clair, pour les crédits photo il n'y a que 3 façons de procéder : avec mentions complètes, DR (avec risques de se faire redresser par l'auteur si c'est trop évident), ou pas de mentions du tout, mais uniquement à la demande de l'auteur lui-même dans l'acte de cession des droits d'exploitation.
Dans tous les cas, il ne faut pas sauter l'étape d'identification et de recherche de l'auteur avant de procéder à la diffusion de la photographie.

Où doivent être inscrits les crédits photos sur une parution ?

Dans la plupart des cas, dans la presse, sur internet, etc… les crédits photo sont sous ou à côté des photos. Parfois dans la marge ou sur la page suivante (pour les photos pleine ou double page). C'est la méthode la plus simple pour respecter le droit du nom sans ambiguïté.

Dans l'édition, il arrive aussi que les crédits photos soient regroupés sur une page à la fin de l'ouvrage. S'il n'y a pas beaucoup de photos, ça reste jouable et permet de dégager visuellement le livre.
J'ai aussi croisé cette forme de mention dans le programme broché de la saison culturelle d'une ville. Livret carré, chaque double page étaient composées d'une photo pleine page sur la gauche et des informations sur le spectacle sur la droite (avec parfois une photo de plus en vignette). À la fin du carnet, une page dédiée listait les auteurs en précisant celles où apparaissent les photographies.

Sur un site internet, j'ai vu les crédits photos sur une page annexe au contenu, à l'instar de la pratique en édition papier. Néanmoins, étant donné le caractère autonome que peut revêtir une page internet, je trouve ça quand même limite. Et si le cas est envisagé, il me semble plus sage que le photographe soit consulté avant. Il en va de même pour une revue, car deux ou trois agrafes ne constituent pas vraiment une reliure solide…

Sur une affiche ou un prospectus, ils sont sur un côté, en petit, souvent avec la mention de l'imprimeur.

Un Droit pour Tous

Je ne me lasserai pas de le répéter, mais c'est un droit qu'a tout auteur d'une œuvre de l'esprit, qu'il soit amateur ou pro, que la cession soit gratuite ou non, que la photo soit sous licence libre (tel que les Creative Commons) ou non. Il est donc important de bien insister pour que ces crédits soient systématiques, et non pas une forme de publicité négociable comme certains semblent essayer de nous le faire croire…

Merci à Aline Paumard et Dominik Fusina pour les relectures.

Dernière mise à jour :

Les informations données dans cet article le sont à titre informatif et peuvent comporter des erreurs.
Il est vivement recommandé de s'adresser à un expert certifé (comptable, avocat, etc…) pour la résolution d'un cas concret.

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